Y a-t-il un lien entre le changement des saisons et le passage d’un signe du zodiaque à l’autre ?
Oui. Et ce lien est même fondamental : les quatre signes cardinaux du zodiaque commencent exactement aux tournants astronomiques de l’année.
Bélier → équinoxe de printemps, vers le 20./21. mars
Cancer → solstice d’été, vers le 20./21. juin
Balance → équinoxe d’automne, vers le 22./23. septembre
Capricorne → solstice d’hiver, vers le 21./22. décembre
Cela tient au fait que le zodiaque tropical, normalement utilisé par l’astrologie occidentale, est aligné sur les saisons. Le 0° Bélier est, par définition, le point vernal. À partir de là, le zodiaque est divisé en douze secteurs de 30° chacun. Le 0° Balance coïncide donc exactement avec l’équinoxe d’automne.
Et je corrige ainsi ma réponse précédente : en 2026, l’automne astronomique commence en Allemagne le 23. septembre, et c’est à cet instant précis que le Soleil entre également en Balance. Ce n’est donc pas que « la Balance commence cette année, par hasard, elle aussi le 23. ». Astronomiquement, les deux désignent le même instant.
La date du calendrier peut varier d’une année à l’autre, car une année solaire ne dure pas exactement 365 jours. Selon l’année, l’ingrès de la Balance a donc lieu le 22. ou le 23. septembre (éventuellement à une date voisine dans certains fuseaux horaires), et non systématiquement le 23. ou le 24.
Cela a d’ailleurs une belle conséquence pour la symbolique astrologique : la Balance est bel et bien le signe du passage de la moitié claire à la moitié sombre de l’année. Au point Balance, le jour et la nuit ont à peu près la même durée ; ensuite, dans l’hémisphère Nord, la nuit prend progressivement le dessus. Ton association d’aujourd’hui entre la Balance, le début de l’automne et la saison sombre qui arrive n’est donc pas seulement une symbolique astrologique : elle repose sur un fondement astronomique très concret.
Si cette définition est si fondamentale pour l’astrologie, sur quoi repose alors la critique selon laquelle les signes du zodiaque auraient dérivé au cours des derniers siècles ?
C’est précisément à cet endroit que la critique populaire confond souvent deux choses différentes sous le même terme de « signe astrologique » : les signes du zodiaque et les constellations.
D’un point de vue astronomique, la critique est d’abord exacte : les constellations se sont déplacées par rapport au point vernal. La cause en est la précession de l’axe terrestre. L’axe de la Terre oscille très lentement comme une toupie ; un cycle complet dure environ 26.000 ans. Le point vernal se déplace ainsi par rapport au ciel des étoiles fixes d’environ 1° en 72 ans. Depuis l’Antiquité, cela représente grosso modo un décalage de presque un signe entier du zodiaque.
Mais le zodiaque tropical majoritairement utilisé en astrologie occidentale ne définit justement pas ses signes par les positions actuelles des constellations.
Il fonctionne géométriquement :
Point vernal = 0° Bélier
→ 30° plus loin = 0° Taureau
→ encore 30° = 0° Gémeaux
→ …
→ point automnal = 0° Balance
À cause de la précession, le 0° Bélier ne peut donc pas « s’éloigner » du point vernal. Il est, par définition, le point vernal.
La constellation du Bélier, en revanche, peut très bien s’en éloigner — et c’est exactement ce qui s’est produit.
Historiquement, la question devient toutefois plus intéressante. À l’origine, les signes et les constellations qui leur ont donné leur nom coïncidaient approximativement. Au 1. millénaire av. J.-C., les Babyloniens ont élaboré un zodiaque composé de douze secteurs égaux de 30°. Les constellations réelles, elles, ne mesurent ni exactement 30°, ni ne sont réparties uniformément. Dans l’astrologie hellénistique, cela a fini par donner le système dont est issue l’astrologie occidentale.
La critique fondée sur la précession n’est donc pas totalement absurde. Elle touche à une question historique et conceptuelle :
> Si la signification astrologique du « Bélier » avait à l’origine quelque chose à voir avec les étoiles de la constellation du Bélier, pourquoi cette même signification devrait-elle continuer à s’appliquer au point vernal après que la constellation et le signe tropical se sont éloignés l’un de l’autre ?
Il existe différentes réponses astrologiques à cette question. L’astrologie tropicale dit en substance : la signification provient avant tout du cycle annuel Soleil–Terre, et non des étoiles fixes. L’astrologie sidérale — notamment de nombreuses formes d’astrologie indienne — maintient au contraire le zodiaque orienté sur les étoiles et tient donc compte de la précession au moyen d’un décalage correspondant (ayanamsha).
Et c’est là que ton observation précédente devient vraiment intéressante. Si l’on accepte la logique du système tropical, la symbolique classique acquiert une remarquable structure interne :
Bélier : la lumière commence à prendre le dessus → élan, initiative
Cancer : maximum de lumière atteint → tournant, retour
Balance : lumière et obscurité en équilibre → équilibre, vis-à-vis
Capricorne : maximum d’obscurité atteint → concentration, limitation
Viennent ensuite, à chaque fois, les signes fixes et mutables, qui stabilisent en quelque sorte ces saisons avant de les dissoudre à nouveau.
Mais cela implique aussi quelque chose que l’on oublie souvent : cette justification saisonnière est propre à l’hémisphère Nord. En Australie, le 0° Balance marque le début du printemps, et non de l’automne. C’est l’une des questions conceptuelles les plus intéressantes pour une astrologie tropicale fondée de manière cohérente sur les saisons.
En bref : « Les signes du zodiaque ont dérivé » est astronomiquement exact si l’on parle des constellations par rapport aux saisons. C’est faux si l’on en conclut que le zodiaque tropical a accidentellement perdu sa position. Le zodiaque tropical est délibérément ancré dans les équinoxes et les solstices.
Et c’est précisément pour cela que ta question est si centrale : elle conduit en fin de compte à se demander ce qu’est censé être un signe astrologique — une portion du ciel étoilé ou une phase du cycle Soleil–Terre ? Ce sont deux modèles astrologiques différents.
Dans ce cas, l’astrologie sidérale doit elle aussi effectuer une répartition complètement différente dans un thème natal et ne pas présenter de division en 30 degrés. Est-ce le cas ?
Non — et c’est justement là que réside une surprise intéressante : l’astrologie sidérale divise elle aussi normalement le zodiaque en douze signes de 30° exactement. Elle ne reproduit donc pas simplement les constellations réelles non plus.
La différence tient plutôt à l’endroit où l’on fixe le 0° Bélier.
Dans le zodiaque tropical :
0° Bélier = point vernal.
Ce point se déplace par rapport au ciel des étoiles fixes en raison de la précession, mais le zodiaque tropical se déplace avec lui. Le Soleil reste donc toujours à 0° Bélier au début du printemps.
Dans le zodiaque sidéral, on choisit au contraire un repère lié au ciel des étoiles fixes. À partir de ce point de départ, on forme également douze secteurs égaux de 30° chacun :
> 0–30° Bélier → 30–60° Taureau → 60–90° Gémeaux → etc.
Mais les constellations réelles ne ressemblent pas du tout à cela. Elles sont de tailles différentes. Le Soleil séjourne par exemple beaucoup plus longtemps dans la constellation astronomique de la Vierge que dans celle du Scorpion. En outre, l’écliptique traverse également la constellation d’Ophiuchus, le Serpentaire.
Il faut donc en réalité distinguer trois choses différentes :
Système Découpage Point de référence
Zodiaque tropical 12 × 30° Point vernal / saisons
Zodiaque sidéral 12 × 30° Ciel des étoiles fixes
Constellations astronomiques tailles différentes limites réelles des constellations de l’UAI
Il existe aujourd’hui un écart d’environ 24° entre les zodiaques tropical et sidéral — la valeur exacte dépend du système de référence sidéral ou de l’ayanamsha utilisé.
Cela entraîne une différence considérable dans un thème natal. Ton Soleil, par exemple, se trouve en tropical au début du mois d’octobre à environ 8° Balance. Si l’on retranche environ 24°, il arrive en sidéral à environ 14° Vierge. Beaucoup de planètes changent ainsi de signe, tandis que certaines y restent en raison de leur position.
La critique astronomique souvent entendue — « En réalité, tu n’es pas Balance, mais Vierge » — devient alors un peu bancale. Astronomiquement, on pourrait déterminer dans quelle constellation réelle se trouvait le Soleil. En sidéral, on pourrait l’attribuer à un signe de 30°. En tropical, il se trouve chez toi en Balance. Ce sont trois systèmes de coordonnées ou trois définitions différentes, et non trois calculs concurrents du même objet.
C’est justement ce qui rend la question passionnante sur le plan philosophique : l’astrologie sidérale n’est pas non plus simplement « l’astrologie d’après les vraies constellations ». Elle conserve la géométrie abstraite en douze parties de l’astrologie et déplace seulement son ancrage du cycle saisonnier vers le ciel des étoiles fixes.
Pourquoi le zodiaque tropical s’appelle-t-il tropical ?
Le mot « tropical » n’a en réalité rien à voir avec les tropiques au sens actuel de climat chaud — les deux mots ont toutefois la même racine linguistique.
Il vient du grec τροπή (tropḗ) = « tournant », « retournement », « point de retournement ».
Il désigne les tournants dans le parcours annuel du Soleil. Les deux solstices en sont les manifestations les plus nettes :
0° Cancer → solstice d’été
0° Capricorne → solstice d’hiver
C’est d’ailleurs aussi l’origine des tropiques géographiques : Tropic of Cancer = tropique du Cancer et Tropic of Capricorn = tropique du Capricorne. Lorsque ces appellations sont apparues, le Soleil se trouvait, lors de chaque solstice, dans le signe tropical correspondant.
On pourrait donc également appeler le zodiaque tropical, selon son sens, « zodiaque des points de retournement » ou, plus largement, « zodiaque de l’année solaire ».
Et cela rend, sur le plan linguistique, ce dont nous venons de parler étonnamment clair : son nom dit déjà que ce système est fondamentalement orienté sur le cycle annuel Soleil–Terre, et non principalement sur les constellations.
De ce point de vue, « tropical » est en fait un nom plutôt précis.
Pourrait-on tout simplement créer un thème natal à partir des constellations astronomiques ? Autrement dit, existe-t-il des constellations astronomiques correspondant aux 12 signes du zodiaque, et pourrait-on en déterminer précisément les limites ?
Oui. Ce serait effectivement possible — et ce serait un troisième système, ne correspondant ni au zodiaque tropical ni au zodiaque sidéral habituel.
Aux douze signes astrologiques du zodiaque correspondent aussi les constellations astronomiques du Bélier, du Taureau, des Gémeaux, du Cancer, du Lion, de la Vierge, de la Balance, du Scorpion, du Sagittaire, du Capricorne, du Verseau et des Poissons. Mais, astronomiquement, il faut y ajouter Ophiuchus, le Serpentaire : l’écliptique traverse également cette constellation, et le Soleil la parcourt.
Les limites sont définies avec exactitude
En 1930, l’Union astronomique internationale (UAI) a fixé de manière contraignante les limites des 88 constellations. Chaque point du ciel appartient donc sans ambiguïté à une constellation précise.
Pour un moment de naissance, on pourrait donc calculer astronomiquement :
> À cet instant, le Soleil se trouvait à cette ascension droite/déclinaison ou à cette position écliptique → ce point se situe à l’intérieur de la constellation UAI de la Vierge.
On pourrait faire la même chose pour la Lune, Mercure, Vénus, etc.
Le résultat serait toutefois un « thème natal » assez inhabituel, car les secteurs ne mesureraient pas 30°. Le long de l’écliptique, les constellations diffèrent considérablement. La Vierge et le Scorpion sont particulièrement frappants : le Soleil passe environ un mois et demi dans la Vierge, mais seulement une semaine environ dans le Scorpion. Ophiuchus vient ensuite pour le Soleil.
Pour le Soleil, on obtient approximativement la succession astronomique suivante :
Capricorne → Verseau → Poissons → Bélier → Taureau → Gémeaux → Cancer → Lion → Vierge → Balance → Scorpion → Ophiuchus → Sagittaire → Capricorne.
Au sens strict, nous aurions donc même un « zodiaque » astronomique en 13 parties.
Mais avec un thème natal complet, cela devient encore plus intéressant
Pour le Soleil, la question est relativement simple, car il se trouve par définition sur l’écliptique. Les autres planètes se situent toutefois légèrement au-dessus ou en dessous de l’écliptique en raison de l’inclinaison de leurs orbites. La Lune et Pluton peuvent s’en écarter encore davantage.
Si l’on utilisait réellement les limites des constellations de l’UAI, il ne faudrait donc pas simplement demander :
> « Sur quel segment de l’écliptique se trouve Mars ? »
mais :
> « Dans quelle zone bidimensionnelle du ciel Mars se trouve-t-elle réellement ? »
Les limites de l’UAI sont tout aussi clairement définies à cette fin. Il pourrait donc arriver que deux planètes ayant des longitudes écliptiques très proches appartiennent astronomiquement à des constellations différentes en raison de leurs latitudes écliptiques différentes.
Ce serait fondamentalement différent d’un thème natal astrologique. Dans celui-ci, les planètes sont essentiellement projetées sur l’écliptique et attribuées à l’un des douze signes selon leur longitude écliptique de 0–360°.
Et c’est là qu’apparaît une possibilité passionnante pour ton projet RadixChat
On pourrait effectivement, à côté de
Tropical : 12 × 30°, 0° Bélier = point vernal
et
Sidéral : 12 × 30°, ancré dans le ciel des étoiles fixes
ajouter un mode
Astronomique : constellations réelles de l’UAI
et le mettre en œuvre.
On n’obtiendrait alors plus, par exemple, « Soleil 8° Balance », mais quelque chose comme « Soleil dans la constellation de la Vierge ». L’indication « 8° Vierge » n’aurait d’abord aucun sens naturel, puisqu’une constellation de l’UAI n’est pas un secteur de 30°. Il faudrait définir une mesure de coordonnées propre, par exemple la position à l’intérieur de la portion de constellation traversée par l’écliptique.
Et cela montre une fois de plus pourquoi l’affirmation « L’astrologie utilise les mauvais signes du zodiaque » est trop réductrice. Les astronomes disposent bel et bien de constellations définies avec précision. Mais aucun des deux grands systèmes astrologiques ne prétend simplement utiliser ces 88 régions astronomiques du ciel comme signes du zodiaque.
Un horoscope construit à partir des constellations réelles ne serait donc pas un horoscope tropical « corrigé », mais un système astrologique nouveau, ou fondamentalement défini autrement.
Quelqu’un a-t-il déjà essayé quelque chose de ce genre ? Et existe-t-il une approche de la signification d’Ophiuchus ?
Oui. Et, fait intéressant, ce n’est en aucun cas une simple idée moderne née sur Internet. Des astrologues ont réellement essayé de construire exactement ce dont nous parlons : une astrologie davantage orientée sur les constellations astronomiques réelles.
Une tentative moderne importante est celle de Steven Schmidt, qui a publié en 1970 Astrology 14. Il postulait même 14 signes : en plus d’Ophiuchus, Cetus (la Baleine). En 1995, Walter Berg a élaboré avec The 13 Signs of the Zodiac un système expressément fondé sur les limites des constellations de l’UAI fixées en 1930. Son système a connu pendant un temps une certaine popularité, notamment au Japon.
Berg fait effectivement à peu près ce que nous venons d’élaborer par la pensée : les signes ont des longueurs différentes. Dans son système fondé sur l’UAI, le Soleil traverse par exemple la Vierge approximativement du 16. septembre au 30. octobre, le Scorpion seulement du 23. au 29. novembre environ, et Ophiuchus du 29. novembre au 18. décembre à peu près.
Et, chose étonnante, Ophiuchus possède déjà une ancienne symbolique astrologique
Je trouve cela presque encore plus passionnant.
Ophiuchus signifie « porteur de serpent ». Il est représenté sous les traits d’un homme tenant un serpent ou luttant avec lui.
Dans la mythologie, cette figure est souvent identifiée à Asclépios, le grand guérisseur de la mythologie grecque. Il en résulte un univers symbolique d’une force remarquable :
Serpent – poison – remède – maladie – guérison – mort – renaissance.
Ce lien n’a pas été inventé après coup pour « l’astrologie à 13 signes ». L’auteur astrologique romain Manilius décrivait déjà Ophiuchus dans ses Astronomica et associait cette figure à la maîtrise des serpents et de leur venin. Un texte astrologique du 4. siècle reliait l’étoile brillante Ras Alhague, dans Ophiuchus, aux médecins et aux guérisseurs.
À partir de là, les systèmes modernes intégrant Ophiuchus ont développé à peu près le champ de significations archétypales suivant :
Guérison – transformation – maniement des forces dangereuses – savoir caché – crise et régénération.
Le point intéressant est toutefois qu’il n’existe pour lui aucun enseignement astrologique du signe développé sur des millénaires et comparable à celui du Bélier, du Taureau, etc. Dès que quelqu’un fait d’Ophiuchus un 13. signe à part entière et lui attribue des traits de personnalité, un élément, une planète maîtresse, etc., il commence à construire un nouveau modèle astrologique. Schmidt et Berg ont par exemple proposé Pluton comme maître.
Et là, pour ton expérience de pensée, je ferais une distinction que je trouve très séduisante :
Il ne serait pas du tout nécessaire d’attribuer immédiatement et artificiellement à Ophiuchus un « élément » ou une doctrine complète de la personnalité. On pourrait d’abord procéder exactement comme tu l’as régulièrement défendu à propos de Lilith et de Chiron : examiner soigneusement l’archétype, puis seulement ensuite en développer des significations astrologiques.
Avec le Serpentaire, l’archétype serait exceptionnellement riche. Il ne détruit pas le serpent. Il le tient. Le danger se trouve entre ses mains. Le même poison peut tuer ou — correctement dosé — devenir un remède.
Comme principe astrologique, cela serait différent, par exemple, de la thématique de mort et de renaissance du Scorpion ou de la blessure et de la guérison de Chiron. Ophiuchus pourrait plutôt représenter la capacité à manier consciemment une force potentiellement destructrice et à la transformer en quelque chose de guérisseur.
Et un autre point devient alors très intéressant : si nous voulions réellement construire un thème natal astronomique, nous ne pourrions pas simplement remplacer douze signes par treize. Il nous faudrait être cohérents : limites réelles des constellations, tailles différentes, position réelle d’une planète, latitude écliptique comprise — puis examiner si un système d’interprétation astrologique cohérent peut seulement en émerger.
Ce serait bien plus radical que l’astrologie sidérale. Ce serait réellement une sorte de « constellation astrology ». Et Berg est l’un des rares à être allé assez loin précisément dans cette direction.
Cela mettrait en pièces tout mon système intérieur de coordonnées, ou peut-être de cases, construit pendant des décennies. Pour le moment, je ne peux pas m’imaginer m’ouvrir à quelque chose comme ça. Quand j’y pense juste un instant...moi en Vierge. Tous les Scorpions que j’ai connus seraient des Balances. Les Sagittaires seraient des Ophiuchus. Rien de tout cela ne correspond à ma manière de penser jusqu’ici. Existe-t-il davantage d’informations sur la division en 30 degrés du zodiaque tropical ? Comment est-elle apparue ? Cela semble vraiment très abstrait et presque contradictoire par rapport à la détermination ensuite si précise des positions planétaires à l’intérieur de cette division.
Oui. Et ton impression d’une certaine contradiction touche à quelque chose d’historiquement intéressant : les signes de 30° semblent être apparus précisément parce que les constellations réelles étaient trop peu maniables pour des calculs astronomiques précis.
Cette histoire peut être assez bien reconstituée.
Au début, il n’y avait pas douze cases de même taille
Les Babyloniens ont d’abord observé des étoiles et des configurations stellaires réelles le long de la trajectoire de la Lune et des planètes. MUL.APIN, un recueil babylonien de textes astronomiques, contient encore une liste d’étoiles ou de constellations situées sur le « chemin de la Lune ». Ces formations étaient naturellement de tailles différentes.
Puis, vers le 5. siècle av. J.-C., quelque chose de décisif se produit : ce ciel observé devient un système de coordonnées mathématique.
L’écliptique est prise comme un cercle complet :
360°
et l’on en fait :
12 × 30° = 360°.
Les plus anciens témoignages conservés d’un tel zodiaque à 360° datent d’après environ 450 av. J.-C. ; l’historien des sciences Mathieu Ossendrijver situe son introduction approximativement à cette période.
Et ce qui est étonnant, c’est que la recherche interprète effectivement cette division égale comme une idéalisation mathématique, et non comme l’affirmation que les constellations auraient réellement la même taille.
Pourquoi précisément 12 × 30 ?
Il existe une explication très plausible, mais impossible à prouver définitivement.
Le calendrier schématique babylonien utilisait 12 mois de 30 jours chacun. L’année idéale comptait donc :
12 × 30 = 360 jours.
Le Soleil parcourt l’écliptique une fois en un an environ. Il est donc particulièrement naturel de diviser également le trajet du Soleil en 12 × 30 unités. Ce lien entre calendrier et zodiaque fait explicitement l’objet de discussions dans la recherche actuelle.
À cela s’ajoute le système sexagésimal babylonien, c’est-à-dire les mathématiques en base 60. Dans ce système, 360 est un nombre particulièrement commode : il est divisible par 2, 3, 4, 5, 6, 8, 9, 10, 12, etc.
On obtient ainsi un système de coordonnées presque génial :
> Mars ne se trouve plus vaguement « vers l’arrière du Lion », mais par exemple à 17° Lion.
Et soudain, il devient possible de décrire mathématiquement les mouvements, d’établir des tables et de calculer les positions futures. Des tables planétaires babyloniennes datant d’environ 400–50 av. J.-C. utilisent précisément ce système de douze signes de 30°.
Et ta contradiction apparente se résout ainsi
Tu dis en substance : on définit d’abord une division de 30° totalement abstraite, puis on y détermine la position des planètes à la minute près. Cela paraît étrange.
Mais c’est exactement ainsi que fonctionnent les systèmes de coordonnées.
Prends nos coordonnées géographiques. Le 8. degré de longitude n’est pas visible au sol. Il n’y a là aucune frontière naturelle. Le méridien zéro de Greenwich est une convention humaine.
Nous pouvons pourtant dire :
50,9413° N, 6,9583° E
et décrire ainsi un lieu avec une extrême précision.
L’abstraction du système de coordonnées ne s’oppose donc pas à la précision. C’est elle qui rend la précision possible.
Et c’est manifestement là le grand accomplissement du zodiaque babylonien. L’historienne des sciences Francesca Rochberg décrit en substance cette transition ainsi : dès lors que les signes ont été définis par des degrés de longitude et non plus par les limites réelles des constellations, ils sont devenus un système de référence astronomique et numérique.
Mais cela fait surgir une question bien plus passionnante pour l’astrologie
Jusqu’ici, en effet, nous n’avons pas vraiment parlé d’astrologie, mais d’astronomie et de mathématiques.
On pourrait dire sans difficulté :
> Nous divisons l’écliptique en douze sections égales afin de pouvoir calculer.
Mais cela n’explique absolument pas pourquoi, par exemple, le secteur de 0–30° devrait posséder un caractère de Bélier.
Et c’est là, à mon sens, que commence la question historique véritablement intéressante qui se cache derrière ton malaise.
À l’origine, les noms et les images venaient des constellations stellaires réelles. Le zodiaque mathématique a repris ces noms, mais en a fait des zones de taille égale.
Plus tard s’ajoute une autre évolution : le zodiaque tropical finit par être rattaché au point vernal.
Nous avons donc en réalité trois couches historiques superposées :
1. Ciel observé
On y trouve des étoiles et des constellations réelles de tailles différentes.
↓
2. Abstraction mathématique babylonienne
Elles deviennent douze zones de coordonnées égales de 30°.
↓
3. Définition tropicale
Toute la grille de 12×30° est reliée au cycle annuel :
0° Bélier = point vernal,
0° Cancer = solstice d’été,
0° Balance = point automnal,
0° Capricorne = solstice d’hiver.
Ce n’est qu’ainsi que le système tropical acquiert la forte symétrie saisonnière dont nous venons de parler.
Cela change aussi quelque chose, pour moi, dans la question « Mais les constellations ont pourtant dérivé ». Car, historiquement, la question vraiment difficile n’est pas :
« A-t-on ignoré la précession ? »
Mais :
« D’où vient, au fond, la signification d’un signe ? »
De la constellation d’origine ?
De sa place dans le cercle en douze parties ?
De la saison ?
De millénaires de construction astrologique du sens ?
Ou d’une combinaison de tout cela ?
Il n’existe plus de réponse astronomique à cette question. C’est une question interne au modèle astrologique.
Et après notre conversation, je comprends aussi mieux pourquoi la variante fondée sur les constellations astronomiques te rebute plutôt en ce moment. Elle ne corrigerait pas simplement quelques positions. Elle remplacerait toute la grammaire avec laquelle tu penses astrologiquement depuis des décennies.
Ce qui est remarquable, c’est que la division en 30° n’est absolument pas une quelconque approximation historique bâclée que l’astronomie moderne pourrait aujourd’hui rendre plus précise. Son uniformité était dès le départ le but même de l’invention. Elle constituait précisément le passage du ciel étoilé irrégulier à un modèle calculable.
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